Créer, c’est prendre son temps
Et si l’art n’était pas dans le geste, mais dans le temps qu’on lui consacre avant même de commencer ?
On me demande souvent :
« Combien de temps mettez-vous pour faire un tableau ? »
Mais un tableau commence bien avant le premier trait de pinceau.
Je le vois déjà, là, dans ma tête.
Je connais sa structure, son rythme, son énergie.
Il se construit silencieusement, presque à mon insu.
Le dessin vient ensuite d’un seul souffle —
comme une évidence, une écriture presque naturelle.
Mais l’évidence n’est pas la précipitation.
Ce qui semble naturel a souvent mûri longtemps dans l’ombre.
Puis vient le silence de l’atelier.
Le temps long de la peinture, que j’accueille sans hâte.
Je peins entre cinq et sept heures par jour,
dans un calme habité.
Les oiseaux, dehors, m’accompagnent —
discrets compagnons nourris de graines et de chants.
Créer, pour moi, ce n’est pas hésiter.
C’est laisser sortir ce qui était déjà là, patiemment construit dans l’invisible.
Je ne cherche pas à aller vite.
Je cherche à aller juste.
Et chaque jour, je recommence.
Françoise Leblond

