Le réalisme imaginaire
On me demande parfois ce que signifie “réalisme imaginaire”.
Ce n’est pas un courant académique.
C’est un terme que j’ai choisi pour nommer un territoire personnel.
Une manière d’habiter le monde.
Je pars souvent d’un élément réel :
un paysage, une architecture, une scène reconnaissable.
Puis, doucement, quelque chose se déplace.
Un poisson devient porteur d’un village.
Une île flotte.
Un jardin s’anime de présences inattendues.
Le réel reste là.
Mais il se déplace.
Le réalisme imaginaire ne consiste pas à fuir la réalité.
Il consiste à la prolonger.


Dans des œuvres comme Dix heures dix ou Ilhua, l’espace semble familier au premier regard.
Puis l’œil découvre que les lois ordinaires ne s’appliquent plus tout à fait.
La gravité hésite.
Les proportions jouent.
Le possible s’élargit.
J’aime cette frontière fragile entre ce que l’on croit connaître et ce qui surgit sans prévenir.
La composition est essentielle.
Chaque élément est placé avec précision, non pour contrôler le rêve, mais pour lui donner une structure.
Comme en architecture, l’imaginaire a besoin de fondations.
La couleur, elle, ouvre la porte.
Elle donne au paysage sa vibration, au ciel sa profondeur, à l’eau son mouvement intérieur.
Elle relie les éléments entre eux et permet au regard de circuler librement.
Dans Le Jardin des plaisirs, la nature devient presque un personnage.
Les formes se répondent, les courbes dialoguent, les créatures semblent évoluer dans une réalité parallèle qui pourtant ne paraît jamais absurde.

Je ne cherche pas à créer un monde fantastique détaché du nôtre.
Je cherche un endroit où le réel accepte d’être traversé par le rêve.
Peut-être que le réalisme imaginaire est simplement cela :
un espace où l’on peut croire, le temps d’un regard, que tout pourrait être autrement.
Françoise Leblond

