Et si l’art était un moyen de respirer autrement ?

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Depuis quelque temps, je partage régulièrement une de mes œuvres : un tableau, un éclat d’imaginaire, un fragment de silence ou d’ironie.
Parfois, un regard s’arrête. Parfois non.

Je n’attends rien — si ce n’est peut-être d’offrir un pas de côté, une respiration, une invitation à voir autrement.

Créer, pour moi, ce n’est pas occuper l’espace.
C’est ouvrir un espace.

Un espace où le temps ralentit.
Où l’on peut rester quelques secondes de plus.
Où le regard cesse d’être pressé.

Je crois profondément que l’art n’est pas là pour remplir.
Il est là pour laisser circuler.
Il n’est pas un discours.
Il est une présence.

Quand je peins, je ne cherche pas à imposer une idée.
Je cherche à déposer une vibration.
Quelque chose de simple, parfois fragile, mais sincère.

Un monde parallèle, oui — mais pas un monde d’évasion.
Un monde qui éclaire le réel autrement.
Qui lui redonne de la profondeur là où l’habitude l’avait rendu invisible.

Certaines œuvres continuent à vivre longtemps après avoir été peintes.
Elles sont vues, découvertes, revues.
Parfois par des regards inattendus, dans des contextes que je n’aurais pas imaginés.

Et cela me touche profondément — parce que cela confirme ce que je crois depuis toujours :
une œuvre n’appartient pas entièrement à celui qui la crée.
Elle appartient aussi à celui qui la regarde.

Le rôle de l’art n’est pas de convaincre.
Il est de semer.

Semer une image.
Une sensation.
Un léger déplacement intérieur.

Peut-être qu’un jour, devant l’une de mes toiles, quelqu’un respirera un peu différemment.
Verra quelque chose qu’il n’avait pas vu.
Ou se souviendra d’avoir ressenti cela — sans savoir exactement quoi.

Et cela suffira.

Ce journal est une manière de garder une trace de ce chemin.
Non pas comme un bilan, mais comme une présence continue.
Celle d’une artiste qui doute, qui explore, qui recommence.

Merci à vous qui prenez le temps.
Merci à ceux qui regardent, en silence.

Françoise Leblond