Là où les songes prennent racine, la liberté devient possible
Je crois profondément que l’imaginaire n’est pas une fuite du réel.
On l’accuse parfois d’être une échappatoire,
un refuge confortable loin des tensions du monde.
Mais pour moi, c’est tout l’inverse.
L’imaginaire est un territoire vivant.
Un lieu où l’on peut encore respirer autrement.
Dans un monde qui va vite,
qui inquiète,
qui fragilise,
rêver devient un acte discret —
mais essentiel.
Rêver, ce n’est pas ignorer le réel.
C’est le traverser autrement.
Je cherche à ouvrir un espace.
Un îlot suspendu entre l’ombre et la clarté —
où les pensées peuvent s’apaiser,
où ce qui pèse trouve enfin un endroit où se poser.
Lorsque je peins, je plante des graines invisibles.
Des fragments de rêve.
Des éclats de douceur.
Et parfois, ces graines prennent racine ailleurs —
dans le regard de celui ou celle qui contemple la toile.
Si mes tableaux offrent ne serait-ce qu’un instant de calme,
un pas de côté,
un souffle plus profond,
alors ils ont déjà trouvé leur place.
Car la liberté ne commence pas toujours dans le tumulte.
Elle naît souvent dans un espace intérieur.
Là où les songes prennent racine,
la liberté devient possible.
Françoise Leblond

