L’art de la tendresse à l’heure du militantisme

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L’art de la tendresse à l’heure du militantisme

 

À une époque où l’art semble sommé de prendre position,
où il est souvent appelé à dénoncer, revendiquer, déconstruire —
au nom du genre, de la mémoire, de la politique ou de la société —
je continue de suivre un autre chemin.

 

Un chemin plus silencieux.
Plus fragile peut-être.
Mais profondément assumé.

 

Je choisis le rêve.
La douceur.
L’humour.
La poésie.

 

Sans bruit.
Sans slogans.

 

Mes chats anthropomorphiques ne manifestent pas.
Ils murmurent.

 

Ils regardent le monde avec une légère inclinaison de tête.
Ils interrogent sans accuser.
Ils sourient sans ironie cruelle.
Ils consolent parfois.

 

Ils ne hurlent pas la révolte —
mais glissent un grain de malice,
une lueur d’humanité,
un trouble discret dans le regard.

 

Faut-il opposer l’art militant à l’art du sensible ?
Je ne le crois pas.

 

Le monde a besoin de voix qui dénoncent.
Il a aussi besoin de voix qui apaisent.

 

Rêver, raconter, émerveiller, suggérer —
ce ne sont pas des gestes naïfs.
Ce sont aussi des actes de résistance.

 

Résister à la brutalité.
Résister au cynisme.
Résister à l’idée que la force serait toujours plus efficace que la tendresse.

 

Dans un monde traversé par la colère, par la fatigue, par l’inquiétude,
je choisis la lumière.

 

Peindre la tendresse, ce n’est pas détourner le regard.
C’est décider que la beauté mérite d’être défendue.

 

Lorsque je revisite Manet, Rousseau ou Botticelli à travers mes figures félines,
je ne fuis pas la réalité.
Je la déplace.

 

Je la rends plus habitable.

 

Je transforme l’héroïsme en humanité,
la grandeur en proximité,
le drame en respiration.

 

Offrir un refuge, un sourire, un souffle d’émotion partagée —
ce n’est pas une échappatoire.
C’est une manière de rappeler que l’art peut aussi réparer.

 

Je crois profondément que l’on peut combattre sans frapper.
Que l’on peut affirmer sans crier.
Que l’on peut militer sans durcir.

 

Ma révolution est peut-être là :
dans un chat qui lève un drapeau,
dans un regard qui s’illumine,
dans une douceur qui persiste malgré tout.

 

Et cela me suffit.

 

Françoise Leblond