Le regard est la dernière touche du tableau
On me demande parfois : « Que voulez-vous dire avec ce tableau ? »
Et je réponds toujours : « Ce n’est pas à moi de le dire. C’est à vous de le voir. »
Car une œuvre n’existe vraiment que lorsqu’un regard se pose sur elle. Avant cela, elle demeure en silence,
disponible, en attente d’une rencontre.
Je me souviens d’une femme, lors d’une exposition. Elle s’était arrêtée longtemps devant un de mes
tableaux — l’un de ceux où mes chats semblent regarder au-delà du cadre. Elle ne disait rien.
Elle souriait légèrement, comme à un souvenir intérieur que je ne connaîtrais jamais.
Ce moment-là, je ne l’avais pas peint.
C’est elle qui l’avait créé.
C’est le spectateur qui achève l’œuvre. Qui lui donne son écho, sa couleur intérieure, sa vibration.
Chacun y voit quelque chose de différent. Certains y trouvent de la joie. D’autres une nostalgie inattendue.
Certains sourient devant mes chats. D’autres y perçoivent une tendresse plus fragile.
Et c’est exactement ce que je souhaite.
Je ne cherche pas à imposer un message. Je veux ouvrir un espace. Un lieu où mon imaginaire
rencontre le vôtre.
Entre l’artiste, l’œuvre et celui qui regarde, il se joue un dialogue invisible.
Un dialogue intime, unique, qui n’appartient qu’à vous.
Dans ce triangle silencieux, c’est vous qui tenez le pinceau de la dernière touche.
Celle qui transforme le tableau en expérience. Celle qui fait que l’œuvre devient un peu la vôtre.
Et si un jour, devant l’une de mes toiles, quelque chose en vous s’arrête — même un instant,
même sans savoir pourquoi — alors ce silence-là aura été la plus belle des réponses.
Françoise Leblond

