Je n’ai jamais voulu copier les maîtres.
Je voulais dialoguer avec eux.
Revisiter une œuvre célèbre, ce n’est pas la détourner.
C’est entrer en conversation.
Lorsque je reprends La Liberté guidant le peuple,
ou Femmes sur la plage,
ou encore Le Déjeuner des canotiers,
je ne cherche pas à provoquer.
Je cherche à déplacer le regard.
Alors les visages deviennent félins.
Les attitudes restent humaines.
Et quelque chose bascule.
Pourquoi des chats ?
Parce qu’ils portent en eux une ambiguïté fascinante.
Ils sont domestiques et sauvages.
Proches et indépendants.
Tendres et souverains.
En les installant au cœur de tableaux emblématiques,
je ne moque pas l’histoire de l’art.
Je la rends vivante autrement.
La “félinisation” n’est pas un simple jeu visuel.
Elle agit comme un miroir.


Quand un chat brandit le drapeau de la Liberté,
la scène perd son poids héroïque traditionnel
et gagne une distance inattendue.
Avec Gauguin, c’est autre chose qui se produit.
Les figures félines effacent l’exotisme.
Il ne reste plus deux femmes tahitiennes —
il reste deux présences, simplement là, dans la lumière et la chaleur.
L’animalité nous rapproche là où la distance culturelle aurait pu nous séparer.
Quand les convives de Renoir prennent des traits de chats,
la scène devient presque intemporelle.
Les hiérarchies s’adoucissent.
Il ne reste qu’un moment partagé.


L’animal permet ce déplacement.
Il introduit de la douceur là où l’histoire est solennelle.
Il glisse de l’humour là où l’art est sacralisé.
Il ouvre une respiration dans des œuvres que l’on croit figées.
Mais derrière le sourire, il y a autre chose.
En remplaçant l’humain par l’animal,
je pose une question silencieuse :
Quelle est notre place ?
Sommes-nous si éloignés de cette part instinctive que nous portons en nous ?
Mes tableaux ne cherchent pas à donner une réponse.
Ils proposent une bascule.
Un moment où l’on peut regarder un chef-d’œuvre
sans intimidation.
Sans distance.
Avec curiosité.
Si ces œuvres font sourire, tant mieux.
Si elles apaisent, tant mieux encore.
Mais si, derrière le sourire,
quelqu’un ressent aussi un léger trouble,
alors le dialogue est réussi.
Revisiter les maîtres,
c’est leur dire merci.
Et continuer la conversation.
Françoise Leblond

