La couleur comme langage
On me parle souvent de mes couleurs.
On me dit qu’elles sont vives, lumineuses, parfois audacieuses.
Mais pour moi, la couleur n’est jamais un simple choix esthétique.
Elle est un langage.
Avant même la forme, avant même la composition, il y a souvent une vibration.
Une tonalité intérieure.
Quelque chose qui appelle le rouge, ou le bleu, ou ce vert inattendu.
Je ne choisis pas une couleur pour illustrer une idée.
Je la choisis parce qu’elle porte une énergie.
Le rouge peut être passion, oui.
Mais il peut aussi être fragilité, intensité retenue, pulsation du vivant.
Le bleu peut apaiser, mais il peut aussi ouvrir un espace de profondeur, presque de vertige.
Les couleurs dialoguent entre elles.
Elles s’attirent, se repoussent, se répondent.
Parfois, un contraste crée la tension nécessaire.
Parfois, au contraire, je cherche une harmonie douce, presque silencieuse.
Dans mes tableaux, la couleur construit l’espace.
Elle donne le rythme.
Elle insuffle le mouvement.
Dans mes sculptures, elle prend une dimension encore différente.
Appliquée à la main, sur chaque courbe, chaque relief, elle épouse la forme.
Elle en révèle les lignes, les tensions, les équilibres.
Elle ne recouvre pas la matière : elle la révèle.
La couleur devient alors une seconde peau.
Elle transforme l’objet en présence.
Je n’utilise jamais la couleur pour décorer.
Je l’utilise pour dire ce que les mots ne peuvent pas formuler.
Parfois, un spectateur me parle d’une émotion qu’il a ressentie devant une œuvre.
Je me rends compte alors que la couleur a parlé avant moi.
C’est peut-être cela, sa véritable force :
elle touche sans expliquer.
Si mes œuvres vibrent, c’est parce que la couleur y circule librement.
Elle est l’élan, la respiration, la lumière qui pulse entre les formes.
Françoise Leblond

